6 min de lecturePar Guillaume, Fondateur

Qu'est-ce que le triangle du feu ?

À retenir

  • Un feu a besoin de trois éléments réunis : un combustible, un comburant (l'oxygène de l'air, qui en contient 21 %) et une source d'inflammation. Sans l'un d'eux, il ne démarre pas (INRS).
  • Dans un local, l'oxygène est toujours présent : la prévention porte sur les combustibles et les sources d'inflammation.
  • Un extincteur casse un côté : l'eau refroidit, l'extincteur à CO₂ étouffe, la poudre interrompt la réaction en chaîne, le quatrième élément du tétraèdre du feu.
  • Jamais d'eau sur de l'huile en feu. Jamais de tentative sur un feu de gaz sans pouvoir couper l'arrivée (INRS).

Le triangle du feu réunit les trois conditions d'un incendie : un combustible (ce qui brûle), un comburant (en général l'oxygène de l'air, qui en contient 21 %) et une source d'inflammation qui apporte l'énergie de départ. Selon l'INRS, « l'absence d'un des trois éléments du triangle du feu empêche le déclenchement de la combustion ». Pour éteindre un feu, on retire donc un côté : on refroidit le foyer, on le prive d'air ou on coupe le combustible.

Autrement dit, le triangle sert à deux choses : comprendre comment un feu démarre, et comment l'arrêter. Voici ses trois éléments, la façon de le casser et le tétraèdre du feu, sa version à quatre éléments.

Quels sont les 3 éléments du triangle du feu ?

Les trois éléments sont le combustible, le comburant et la source d'inflammation. Ils doivent être présents en même temps : c'est cette présence simultanée que l'INRS appelle le triangle du feu, dans sa brochure « Incendie et lieu de travail ».

Le triangle du feu : le comburant en haut, le combustible et la source d'inflammation en bas, le feu au centre
Le triangle du feu, d'après l'INRS

Le combustible : ce qui brûle

Le combustible est la matière qui brûle. Il peut être solide (papier, bois, carton, plastique), liquide (solvant, essence, vernis, huile) ou gazeux (méthane du gaz de ville, butane, propane). Presque tout ce qui est solide peut brûler : seuls des matériaux inorganiques comme le sable, le talc, le ciment ou le béton y échappent.

Ce n'est pourtant pas le carton ou l'huile qui s'enflamme. Ce sont les gaz et les vapeurs qu'ils dégagent sous l'effet de la chaleur.

Tous les combustibles ne se valent pas. L'INRS les compare par leur pouvoir calorifique, la chaleur dégagée par un kilo qui brûle entièrement : de 15 500 à 18 400 kJ/kg pour le papier, 40 300 kJ/kg pour les polyéthylènes, une famille de plastiques. Résultat : à poids égal, ce plastique dégage plus de deux fois la chaleur du papier.

Pour les liquides, l'INRS parle de point d'éclair : la température minimale à laquelle un liquide émet assez de vapeurs pour s'enflammer au contact d'une source d'inflammation. L'éthanol pur a un point d'éclair de 12 °C. À température ambiante, il dégage déjà des vapeurs qui peuvent prendre feu.

Le comburant : ce qui entretient la combustion

Le comburant est la matière qui, en se combinant au combustible, permet la combustion. Le plus courant est l'oxygène : l'air en contient 21 %. Il est presque partout. C'est le côté du triangle le plus difficile à retirer.

Son débit compte. Une arrivée d'air importante avive le feu. L'INRS décrit aussi un piège : quand un feu manque d'air dans une pièce fermée, il produit des fumées inflammables. L'ouverture brutale d'une porte ou l'éclatement d'une fenêtre fait alors entrer de l'oxygène, et le mélange peut exploser au contact d'un point chaud.

D'autres produits sont comburants : peroxydes (dont l'eau oxygénée), chlorates, nitrates. Ils contiennent eux-mêmes l'oxygène de la combustion et accélèrent l'incendie. Un produit classé comburant porte sur son étiquette une mention de danger qui contient ce mot, par exemple « H272 Peut aggraver un incendie ; comburant ». L'INRS conseille de les stocker à part, à l'écart des matières combustibles.

La source d'inflammation : l'énergie de départ

La source d'inflammation apporte l'énergie d'activation, l'énergie minimale à fournir pour démarrer la combustion. Elle dépend du combustible et de son état physique.

Les exemples de l'INRS sont familiers : une surface chaude, une flamme, une étincelle, une particule incandescente. On les retrouve dans un four ou un appareil de chauffage, une installation électrique qui chauffe, une cigarette ou des travaux de soudage et de meulage. L'INRS attribue d'ailleurs environ un tiers des sinistres à ces travaux par points chauds.

Certaines matières n'ont même pas besoin d'une source extérieure. Des chiffons imprégnés d'huile ou de graisse peuvent s'échauffer et s'enflammer seuls, avec un effet à retardement.

Comment casser le triangle du feu ?

On casse le triangle en retirant un de ses côtés. L'INRS le résume ainsi : « La combustion s'arrête s'il n'y a plus assez de comburant, si le combustible manque ou si le foyer est suffisamment refroidi ».

Les agents extincteurs agissent de quatre façons, toujours selon l'INRS :

  1. Refroidir : l'eau abaisse la température du foyer, ce qui retire la chaleur.
  2. Étouffer : l'extincteur à CO₂ fait baisser l'oxygène autour du feu, un couvercle coupe l'air d'une friteuse.
  3. Isoler : la mousse sépare le combustible de l'air.
  4. Inhiber : la poudre interrompt la réaction chimique, le quatrième élément du tétraèdre.

Reste un levier sans extincteur : supprimer le combustible. Fermer la vanne de gaz d'un brûleur en feu en est l'exemple type. L'INRS est clair : « Ne jamais tenter d'éteindre un feu de gaz sans pouvoir en couper l'alimentation ».

Deux réflexes en découlent. Sur de l'huile en feu, ne versez jamais d'eau : elle provoque des projections de produit enflammé. Couvrez plutôt le récipient pour l'étouffer. Et gardez en tête qu'un extincteur n'est efficace que sur un foyer naissant, comme le rappelle le référentiel APSAD R4 (§1.2) : la quantité d'agent est limitée.

Notre guide des types d'extincteurs détaille quel appareil utiliser sur quel feu.

Le tétraèdre du feu : le quatrième élément

Le tétraèdre du feu ajoute un quatrième élément au triangle : la réaction en chaîne. L'action de l'oxygène sur le combustible produit des « radicaux libres », des corps intermédiaires instables qui entretiennent la combustion. Le feu continue tant que cette réaction n'est pas ralentie ou interrompue.

L'INRS juge ce modèle « parfois préférable » au triangle. Il explique en effet pourquoi certains agents éteignent un feu sans le refroidir ni le priver d'air. C'est le cas des poudres : elles agissent surtout par inhibition, en cassant la réaction en chaîne.

Le triangle suffit pour comprendre et prévenir un feu. Le tétraèdre sert à comprendre l'extincteur à poudre.

Conclusion

Le triangle du feu tient en une phrase : trois éléments réunis font un feu, en retirer un l'arrête. Pour que votre équipe ait les bons réflexes, faites-la former par un organisme de formation, puis vérifiez deux points :

  1. Les exemples parlent de votre local : vos combustibles, vos sources d'inflammation, pas un cas d'usine.
  2. Chacun a manipulé un extincteur et sait où couper le gaz et l'électricité.

Notre article sur la formation incendie obligatoire précise qui doit être formé et à quel rythme.

Sources

Questions fréquentes

La norme NF EN 2 range les feux en cinq classes selon ce qui brûle : A pour les solides (bois, papier, textiles), B pour les liquides et solides liquéfiables, C pour les gaz, D pour les métaux et F pour les huiles et graisses de cuisson. Il n'existe pas de classe E : un feu d'origine électrique n'est pas une classe à part. Chaque extincteur indique sur son étiquette les classes qu'il éteint.

Une explosion réunit les mêmes trois éléments, mais le combustible (gaz, vapeur ou poussière) est déjà mélangé à l'air. L'INRS parle de domaine d'explosivité : la plage de concentrations du combustible dans l'air, entre la limite inférieure et la limite supérieure d'explosivité, où l'inflammation est possible. Le référentiel APSAD R4 déconseille d'ailleurs la poudre en présence de poussières combustibles, qu'elle pourrait mettre en suspension (§2.1.3.4).

Oui. Une surface chaude suffit comme source d'inflammation, selon l'INRS. Certaines matières s'échauffent même seules : des chiffons ou torchons imprégnés d'huile ou de graisse peuvent s'oxyder, accumuler leur chaleur et s'enflammer sans aucune flamme, avec un effet à retardement. Ne laissez donc pas de torchons gras en tas.

L'INRS est net : ne tentez jamais d'éteindre un feu de gaz sans pouvoir en couper l'alimentation. Le premier geste est donc de fermer la vanne, ce qui retire le combustible du triangle. Repérez à l'avance où se trouve la vanne de coupure de votre installation.

En anglais, on parle de « fire triangle ». Le modèle est le même : un combustible (fuel), un comburant, en général l'oxygène (oxygen), et une source de chaleur (heat). Le tétraèdre du feu se dit « fire tetrahedron » : il ajoute la réaction en chaîne aux trois éléments.

Articles similaires

L'Hebdo flamio

Ce qui change pour la sécurité incendie de votre ERP chaque mardi dans votre boîte mail.

  • L'article de la semaine en version courte avec l'essentiel à retenir.
  • La veille réglementaire : les nouveaux textes et normes qui concernent les ERP avec le lien vers leur source.
  • Le point sur l'actualité de la sécurité incendie.

Vous recevrez un e-mail pour confirmer votre inscription. Un lien de désinscription figure dans chaque envoi.